C’était il y a tout juste 23 ans… en juin 1989. Les forages, pourtant CONVENTIONNELS (!) conduits par la compagnie pétrolière Esso-Rep, polluaient gravement la source de la Moullaz, et la petite rivière qui en découle, à Outriaz, privant ainsi les habitants des 2 communes de Vieux d’Izenave, et d’Outriaz d’eau potable…Voici le témoignage d’une habitante d’Outriaz qui a été témoin de cet événement dramatique :
D’aussi loin que je me souvienne le Flon, petite rivière qui prend sa source à Outriaz au lieu-dit « La Moullaz » ( que l’on prononce ici la Moule), a occupé une place privilégiée dans mon cœur : j’aimais y accompagner mon grand-père à la pêche, rendre visite à une tante qui habitait un des moulins la bordant, ou bien, l’été et l’adolescence venus, pique-niquer avec les autres jeunes du village dans un pré la bordant…
Il me semblait même alors, qu’Arthur Rimbaut dans son magnifique poème « Le dormeur du Val » décrivait ma source et ma Combe du Val :
« C’est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons. »
C’est dire combien ma peine a été grande lorsqu’un coup de téléphone de mes parents m’apprit sa pollution ! Même si beaucoup d’habitants voyaient d’un mauvais œil ces forages et n’étaient pas favorables à ce projet, faisant état de nuisances sonores et paysagères, ils n’avaient sans doute pas imaginé un tel scénario catastrophe !
L’eau qui sortait si pure de cette source et qui alimentait les villages d’Outriaz et de Vieu d’Izenave était devenue laiteuse et impropre à la consommation !
Pour faire face à l’urgence, les habitants, dans un premier temps, ont été ravitaillés par des bouteilles d’eau, puis très vite l’eau est revenue au robinet par l’intermédiaire du réservoir qui était directement rempli par des camions-citernes et enfin le raccordement à l’eau de la nappe, pompée à Cerveyrieu, a été réalisé nécessitant des kilomètres de tuyaux puisqu’il y a environ 35 km entre Outriaz et Cerveyrieu… On imagine alors aisément le coût financier d’une telle opération !
Le coût écologique lui n’a pas été, à ma connaissance, évalué mais ce dont je suis sûre c’est que la population d’écrevisses à pied blanc, espèce inféodée notamment aux eaux de bonnes qualités, et qui peuplait le haut de la rivière a subi de plein fouet cette pollution !
Je n’habitais plus Outriaz lorsque cette catastrophe s’est produite mais je sais qu’il y a eu dans un premier temps beaucoup de colère
et d’incrédulité mais aucun mouvement de protestation ne s’est alors organisé tant les gens se sentaient abattus et démunis, puis est venu le temps de la réparation et si pour certains l’essentiel était d’avoir en permanence de l’eau au robinet, sans plus subir de coupure en été comme cela arrivait parfois auparavant, d’autres en revanche plus de 20 ans après en gardent d’amers regrets mais tous, je le crois, pensaient que s’en était fini des forages .
Malheureusement la cupidité de l’homme ne se souciant guère des leçons du passé, le danger menace et aujourd’hui il est nécessaire de se souvenir d’hier et de se mobiliser ; le collectif du Haut-Bugey dont je tiens à saluer le travail, a su, par ses actions d’information, éveiller et même réveiller les consciences afin que chacun ait à l’esprit les risques que les forages font peser sur notre système hydraulique.
Nous ne devons plus nous laisser prendre au dépourvu mais nous devons faire entendre nos voix ensemble.
Il y avait une source, source de vie,
Il y a une entreprise, entreprise de destruction,
Il y aura des opposants, opposant résistance afin qu’il n’y ait plus jamais ça !
Agnès GOUGEON COTTET





2 Commentaires pour "Il y a 23 ans : la pollution de la Moullaz à Outriaz, par Esso-Rep"
Bonjour,
Nous sommes également confronté à une pollution ESSO ; peut on échanger sur les méthodes de dépollution de cette compagnie ?
Cdt,
ARFCSM (Association des Riverains du Fort de Champigny sur Marne)
ARFCSM@gmail.com
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